IMG_7491.jpeg

Bello Bouba Maïgari : du garde-fou à opposant de circonstance ?

Bello Bouba Maïgari n’est pas un homme ordinaire du paysage politique camerounais : il est un vestige vivant de l’époque Ahidjo, un survivant du putsch manqué de 1984, et un baron de l’ombre devenu opposant de circonstance.

À l’origine, il est choisi par Ahmadou Ahidjo comme garde-fou lors de la passation de pouvoir à Paul Biya en novembre 1982. Le plan est clair : laisser le « Jeune Paul », timide, sans grande base régionale, occuper le fauteuil le temps de la « convalescence » d’Ahidjo, avant le retour du véritable patron. Ça pourrait expliquer pourquoi le « premier Hokage » n’a pas donné le commandement temporaire à un de ses frères, il aurait pu être facilement remplacé car système sous régional déjà enraciné. Bello et d’autres notables du Grand Nord sont censés veiller à la maison, tenir Biya en laisse et garantir la continuité.

Mais l’histoire s’écrit autrement. En avril 1984, un putsch est tenté contre le président Biya, et les coupables ne sont autres que son prédécesseur et ses adeptes. A la suite de cela,  une annonce est faite sur la nature des événements qui ont secoué le pays, et il s’en suit une chasse à l’homme et dans la foulée, le limogeage de Bello Bouba de son poste de Premier ministre. Dès lors, le masque tombe : le « nonchalant et soumis » Paul Biya vient de montrer qu’il est capable de jouer sa survie politique comme un maître. Qu’on l’aime ou non, cet épisode scelle son génie tactique : pour se maintenir, il devient implacable. Hélas, ce talent restera toujours mis au service de sa propre conservation plutôt que du peuple camerounais.

La fuite au Nigeria : Kaduna, refuge et compromission

photo-output.jpeg

Le lendemain du putsch manqué, c’est la chasse aux sorcières. Tous ceux qui pouvaient représenter une menace ou avoir trempé dans les intrigues d’Ahidjo sont traqués. Bello Bouba sait qu’il est dans la ligne de mire : il prend la route de l’exil, direction le Nigeria, sans doute par Garoua, Banyo, Yola, puis Kaduna. Il n’est pas seul : d’autres dignitaires, des officiers de l’armée, des hommes politiques, ou encore Issa Tchiroma, qui sera capturé peu après, font partie de cette grande fuite. Kaduna est alors une capitale militaire et politique du Nord nigérian, terre d’accueil pour les exilés peuls et haoussas, protégés à la fois par la communauté et par le pouvoir militaire d’Abuja.

L’onction discrète de l’Élysée ?

C’est là qu’on se doute qu’une troisième force a ****dû intervenir. Ni Abuja ni une autre puissance africaine n’auraient eu assez de pouvoir pour peser dans cette histoire, son retour : c’est bien l’Élysée qui sert d’intermédiaire, garantissant à Biya que l’ancien Premier ministre ne représentera plus un danger, il s’agit bien d’une hypothèse à prendre au sérieux. De France, en 1990-91, est monté l’UNDPC, ce parti pensé comme le réceptacle de l’opposition ahidjoïste. Légalement enregistré au Cameroun sous le nom PNUD, avec Samuel Eboua en façade, le parti attendait son chef naturel. Ce ne sera qu’en 1991 que Bello Bouba, depuis son exil, franchira le pas du retour, reprenant la tête de la formation. À ce moment-là, avait-il déjà prêté allégeance, dans l’ombre, à Paul Biya ? Ou était-il simplement protégé par une troisième force très puissante qui a su contraindre Biya? Plein d’hypothèses naissent de cet épisode qui va marquer la suite de la carrière de Bello Bouba mais surtout sa position dans l’échiquier du schéma politique camerounais

1992 : l’apogée brisée et le coup de Biya

photo-output.jpeg

La présidentielle de 1992 reste l’un des épisodes les plus révélateurs du rôle de l’Élysée comme troisième force dans le jeu politique camerounais. Les critères d’éligibilité à la magistrature suprême sont alors opportunément modifiés afin de permettre à Bello Bouba de se présenter, bien qu’il n’ait pas résidé au Cameroun durant les cinq années précédentes, comme l’exigeait la loi. C’est sous la pression directe de Paris que cette dérogation est arrachée, offrant à l’ancien Premier ministre exilé la possibilité de participer à la première élection pluraliste de l’histoire du pays.

Bello Bouba fait illusion : il se classe troisième derrière Paul Biya et John Fru Ndi avec 19,2 % des voix, mais s’impose comme le grand vainqueur du septentrion, réalisant des scores écrasants 64 % dans l’Adamaoua, 50 % dans le Nord. Aux côtés du Chairman, il dénonce la fraude massive et exige l’annulation du scrutin. Mais le système verrouillé ne cède pas : la Cour suprême rejette tous les recours, et Biya s’impose.